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définitions

affranchir (v. trans.)

1.donner des droits égaux (à un groupe de personnes) (ex. libérer une minorité politique, etc.)

2.libérer d'une servitude ; affranchir un mineur de la tutelle.

3.s'acquitter de la taxe postale.

4.initier qqn à la vie en marge des lois.

5.libérer d'une dépendance, d'une soumission, d'un esclavage.

6.délivrer de ce qui gêne.

7.(figuré)mettre au courant.

affranchir (v. pron.)

1.se libérer de.

Le Littré (1880)

AFFRANCHIR (v. a.)[a-fran-chir]

1. Rendre franc, exempt d'impôt. Le roi affranchit cette ville de la taille. Cette marchandise est affranchie de tous droits à l'entrée.

2. En termes de féodalité, affranchir un héritage, libérer un héritage de quelque servitude, de quelque charge.

3. Affranchir une lettre, un paquet, en payer le port en envoyant la lettre, le paquet.

4. Rendre libre. Affranchir un esclave. Les noirs des colonies ont été affranchis moyennant indemnité. Thrasybule affranchit des trente tyrans la ville d'Athènes.

Dieu ayant affranchi son peuple de la tyrannie des Égyptiens (BOSSUET Hist. I, 4)

La gloire d'affranchir le lieu de ma naissance (CORN. Cinna, III, 3)

.... je veux l'affranchir ensemble et la venger (CORN. ib. II, 2)

Et d'un si rude joug affranchissons ces lieux (CORN. Nic. IV, 6)

5. Délivrer, en général, de ce qui gêne. Affranchir d'un tribut, de la crainte, du chagrin.

6. Figurément. Délivrer d'un mal.

Si je puis de sa honte affranchir mon époux (CORN. Hor. V, 3)

Allons donc l'affranchir de ces frivoles craintes (CORN. Pomp. III, 3)

Combats pour m'affranchir d'une condition Qui me livre à l'objet de mon aversion (CORN. Cid, V, 1)

J'attendais que, le temple en cendres consumé, Elle vînt m'affranchir d'une importune vie (RAC. Athal. V. 2)

J'aurai d'une rivale affranchi votre amour (RAC. Baj. V, 6)

On affranchit Néron de la foi conjugale (RAC. Brit. III, 3)

.... vos invincibles mains Ont de monstres sans nombre affranchi les humains (RAC. Phèd. V, 3)

7. En termes d'équitation, affranchir un fossé, sauter par delà.

8. Affranchir un tonneau, le nettoyer, le purifier, quand le bois est neuf.

9. Affranchir un animal, le châtrer.

10. Terme de marine. Affranchir la pompe, lui faire jeter une quantité d'eau plus considérable que celle qui entre dans le bâtiment.

11. S'affranchir, v. réfl. à Rome, les esclaves pouvaient s'affranchir à l'aide de leurs épargnes. Tel fut l'accord de la Gaule pour s'affranchir que.... Quand les âmes se seront affranchies des liens du corps. S'affranchir d'une règle.

Pour s'affranchir d'un joug injustement imposé (BOSSUET Polit.)

Un homme gémit de l'esclavage où il est [de ses passions] ; et un fonds d'équité, de droiture, de conscience qu'il a dans l'âme, lui fait désirer cent fois de secouer le joug et de s'affranchir d'une telle tyrannie (BOURD. Pensées, t. I, p. 229)

Il se faut affranchir des lois de votre empire (MALH. V, 11)

Et pour s'en affranchir, tout s'appelle vertu (CORN. Cinna, II, 1)

Je saurai m'affranchir, dans ces extrémités, Du secours dangereux que vous me promettez (RAC. Iphig. V, 2)

Tu voudrais t'affranchir du joug de mes bienfaits (RAC. Brit. V, 6)

Et c'est pour m'affranchir de cette dépendance Que je la fuis partout, que même je l'offense (RAC. ib. II, 2)

12. S'affranchir, en jardinage, se dit d'un arbre greffé, quand de l'endroit greffé se produisent des racines qui s'enfoncent en terre.

SYNONYME

AFFRANCHIR, DÉLIVRER. Affranchir, c'est rendre franc ; délivrer, c'est rendre libre. Rendre franc, c'est élever d'une condition servile à celle d'homme franc ; rendre libre, c'est ôter tout ce qui captive. Délivrer est donc beaucoup plus général et moins précis. Délivrer des esclaves peut aussi bien s'entendre d'esclaves auxquels on donne la liberté, que d'esclaves qu'on arrache au pouvoir de l'ennemi. En revanche, on ne dira pas affranchir des prisonniers, mais affranchir des esclaves, des serfs. L'affranchissement ne s'applique qu'au passage d'une condition sociale à une autre ; la délivrance s'applique à toute sortie hors d'une situation où la liberté nous est ôtée. Quant au sens métaphysique, ces deux mots se confondent beaucoup.

HISTORIQUE

XIIe s.Vendre [elle] me peut ou donner, Ses sers [je] sui sans racheter ; Jà ne m'en quier afranchir (Couci, p. 123)

XIIIe s.Se clers est marceans, il ne pot pas afrancir se [sa] marceandise par le priviliege de se [sa] clergie (BEAUMANOIR XI, 36)Il laist bien à afranquir ses enfans et non à aservir (BEAUMANOIR XLV, 21)

XIVe s.Et se tu veus dire que tu ne Es mie subgès de fortune, Et que ta grant attrasion [descendance] Afranchist ta condition (MACHAULT p. 96)

XVe s.Nous voulons que tu nous affranchisses à tous les jours du monde [les paysans révoltés au roi d'Angleterre] (FROISS. II, II, 113)

XVIe s.À fin que sa mort l'affranchist de l'obligation.... (MONT. I, 30)Qu'ils les delivroient de toutes garnisons, et affranchissoient de toutes tailles, subsides et impots (AMYOT Flamin. 19)Trouvant un fossé, le voulut affranchir : et l'ayant sauté.... (PARÉ XIX, 7)Ceux des quartiers de Bordeaux qui vendent le bois avec le vin ne se peinent que d'affranchir [purifier] leurs tonneaux neufs pour une seule fois (O. DE SERRES 205, etc.)Mesme les beliers sont affranchis [purgés de mauvais goût] par le chastrement, bien que longuement ils aient servi à saillir les brebis (O. DE SERRES 222)

ÉTYMOLOGIE

Provenç. afranquir, afrancar ; espagn. afrancar ; ital. affrancare ; de af pour ad (voy. à), et franc, adj.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

AFFRANCHIR. Ajoutez :

13. On dit au jeu qu'une carte est affranchie, lorsqu'elle n'est plus exposée à être prise. J'ai fait prendre mon roi pour affranchir ma dame.

14. On dit en grammaire comparée qu'un suffixe s'est affranchi, quand le sens particulier primitif s'en est assez effacé pour que ce suffixe puisse devenir d'un usage général. Ainsi le suffixe ment, qui ne s'applique d'abord qu'aux adjectifs à sens spirituel, devient aussi, en s'affranchissant, applicable au sens matériel, comme carrément, blanchement.

Un suffixe se forme aussi par affranchissement de deux suffixes agglutinés ; par ex. le suffixe a primitivement long de Roma, joint au suffixe no, a fait rom-a-nu-s (a long); il s'en est affranchi un suffixe composé ano (a long), qui apparaît dans urb-anus, où, autrement, le a avec accent long n'aurait aucune raison d'être.