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définitions

entreprendre (v. trans.)

1.commencer à réaliser, à exécuter qqch.

2.(familier)chercher à convaincre, à séduire qqn.

Le Littré (1880)

ENTREPRENDRE [an-tre-pran-dr']

1. Se mettre à faire une chose.

Qu'on serait heureux de pouvoir imiter Hérodote en la beauté du discours, ou en la gravité des sentences, ou en la délicatesse de la langue ionique, ou enfin en mille autres avantages qui font tomber la plume des mains de tous ceux qui le voudraient entreprendre ! (D'ABLANCOURT Lucien, Hérodote ou Aétion.)

Sur quelle confiance a-t-il tant entrepris ? (CORN. Théodore, IV, 6)

Et ce ser a du moins à force ouverte Qu'un si vaillant guerrier entreprendra ma perte (CORN. Oed. III, 4)

Je hais ces coeurs pusillanimes qui, pour trop prévoir les suites des choses, n'osent rien entreprendre (MOL. Scap in, III, 1)

Un homme [Cromwell] s'est rencontré d'une profondeur d'esprit incroyable ; hypocrite raffiné autant qu'habile politique, capable de tout entreprendre et de tout cacher (BOSSUET Reine d'Angleterre.)

Il entreprenait les sujets qu'on croyait avoir épuisés (FLÉCH. Lam.)

Narcisse, encore un coup, je ne puis l'entreprendre [le meurtre de Britannicus] (RAC. Brit. IV, 4)

J'entrepris le bonheur de mille malheureux ; On vit de tous côtés mes bontés se répandre (RAC. Bérén. II, 2)

Tout entreprendre, se porter aux dernières extrémités.

En l'état où je suis je puis tout entreprendre (RAC. Bérén. v, 6)

Entreprendre de, avec l'infinitif.

C'est un dessein très dangereux Que d'entreprendre de te plaire (LA FONT. Fab. II, 1)

N'entreprenez donc plus de faire les mattres (PASC. Prov. 16)

....J'approuve les soins du monarque guerrier Qui ne pouvait souffrir qu'un artisan grossier Entreprît de tracer d'une main criminelle Un portrait réservé pour le pinceau d'Apelle (BOILEAU Disc. au roi.)

Si les Socrate et les Platon n'avaient pas été les docteurs du monde avant Jésus-Christ, et n'eussent pas entrepris en vain de régler les moeurs et de corriger les hommes par la force seule de la raison (MASS. Pet. car. Triomphe de la rel.)

Absolument. Ce n'est pas tout d'entreprendre il faut exécuter.

Et si sa liberté [de Rome] te faisait entreprendre (CORN. Cinna, v, 1)

On entreprend assez, mais aucun n'exécute (CORN. ib. II, 1)

Ne différons donc plus puisqu'il faut entreprendre (TH. CORN. Maxim. I, 3)

Leur crime découvert le pressait d'entreprendre (TH. CORN. ib. IV, 1)

Des esprits turbulents y trouvaient de nouveaux moyens de brouiller et d'entreprendre (BOSSUET Hist. III, 7)

La difficulté de réussir ne fait qu'ajouter à la nécessité d'entreprendre (BEAUMAR. Barbier, I, 6)

Mais c'est trop différer ; il est temps d'entreprendre (LEMERC. Agam. v, 1)

2. S'engager à faire certains travaux ou certaines fournitures à un prix et à des conditions déterminés. Il a entrepris la fourniture des vivres.

3. Entreprendre quelqu'un, s'attaquer à lui, diriger une attaque contre lui.

Sur tout autre toujours votre art me persécute ; Vous m'entreprenez seul ; seul je vous suis en butte (ROTR. Antig. v, 5)

Vous ne pûtes plus les accuser d'aucune erreur contre la foi, et vous fûtes réduits à les entreprendre sur des questions de fait (PASC. Prov. 17)

C'est ce qu'a éprouvé depuis peu le P. Quiroga, capucin allemand, lorsqu'il voulut s'y opposer, car votre père Discatillas l'entreprit incontinent, et il parla de cette dispute en ces termes.... (PASC. Prov. 15)

On entreprenait méchamment l'Écriture sur le grand nombre des étoiles (PASC. Pens. div. 34)

Alexandre voulut s'affermir avant que d'entreprendre son rival (BOSSUET Hist. I, 8)

Vous conservez la vie et laissez la clarté.... à qui vous entreprend et vous veut détrôner (ROTR. St Genest, III, 3)

Si, revêtu de l'autorité de Dieu, j'entreprenais actuellement certains de mes auditeurs, réputés gens d'honneur et passant pour tels, mais dans le fond hommes corrompus (BOURDAL. Carême, t. I, p. 255)

Le repas fini, le sergent la Place posta son embuscade, et le chevalier de Grammont entreprit son homme [l'attaqua au jeu] (HAMILTON Gramm. 3)

Tâcher de gagner quelqu'un.

Attale à ce dessein entreprend sa maîtresse (CORN. Nicom. I, 5)

Il avait mis à mal toutes les femmes qu'il avait entreprises (BUSSY Hist. amour. des Gaules, dans GODEFROY, Lexique de Corneille.)

Sans perdre temps à m'entreprendre, Si vous avez des douceurs à conter, Ma compagne est toujours en humeur de causer (TH. CORN. Circé, v, 3)

Vous n'avez point la mine de vous rendre pour une élégie, et je crois que ce serait étrangement commettre les muses que d'entreprendre un coeur comme le vôtre, sans aucun autre appui que celui qu'elles peuvent donner (SÉNECÉ Lett. à M***.)

Commencer à s'occuper d'une personne pour la former, l'instruire.

Je vous prie d'entreprendre la fille de notre paysanne pour la bien instruire (Mme DE MAINTENON Lett. sur l'éduc. à Mme Brinon, dans GODEFROY, Lex. de Corneille.)

4. Rendre perclus. Un rhumatisme lui entreprend toute la jambe.

Il est constant que le cerveau est attaqué dans les maladies où le corps est entrepris (BOSSUET Connaiss. II, 6)

Dame goutte entreprend et les pieds et les mains (LAMOTTE Fabl. III, 18)

5. V. n. Entreprendre sur, faire des attaques, des empiétements.

Le choix que vous m'offrez n'appartient qu'à la reine ; J'entreprendrais sur elle, à l'accepter de vous (CORN. Rodog. III, 4)

Votre haine tremblante est un mauvais appui à quiconque pour vous entreprendrait sur lui (CORN. Perth. II, 1)

Sur son autorité c'est beaucoup entreprendre (CORN. Théod. v, 6)

Ce serait à vos yeux faire la souveraine, Entreprendre sur vous.... (CORN. Nicom. III, 1)

Es-tu né pour ma fille ? - Hélas ! non ; car le vent Me [le nuage] chasse à son plaisir de contrée en contrée ; Je n'entreprendrai point sur les droits de Borée (LA FONT. Fabl. IX, 7)

Mère affligée, l'Église a souvent à se plaindre de ses enfants qui l'oppriment ; on ne cesse d'entreprendre sur ses droits sacrés (BOSSUET le Tellier.)

Pour avoir osé entreprendre sur l'office sacerdotal (BOSSUET Hist. I, 6)

Les Romains entrèrent en jalousie contre les Carthaginois trop puissants dans leur voisinage par les conquêtes qu'ils faisaient dans la Sicile, d'où ils venaient d'entreprendre sur eux et sur l'Italie en secourant les Tarentins (BOSSUET ib. I, 8)

Ses quatre enfants partagèrent le royaume et ne cessèrent d'entreprendre les uns sur les autres (BOSSUET ib. I, 11)

Il y avait quelques dispositions pour entreprendre contre cette ville (PELLISSON Lett. histor. 14 août 1674)

Son règne [de Jacques II] aurait été aussi heureux, selon les apparences, que celui de son frère, si, à la persuasion de sa femme, et voulant suivre l'exemple et peut-être les conseils de notre roi, il n'avait entrepris contre la religion de son pays et contre les priviléges de son parlement (LA FARE Mém. ch. 9)

C'est entreprendre sur la clémence de Dieu, de punir sans nécessité (VAUVENARGUES. Max. CLXV)

Activement (ce qui est peu usité et encore avec certains régimes indéterminés, comme quoi, rien, etc.)

. Mais quoi que sur mes voeux mon frère ose entreprendre (ROTR. Vencesl. II, 6)

Ne rien entreprendre sur des péchés qui sont réservés à des tribunaux supérieurs (FLÉCH. Serm. II, 258)

6. En un sens plus restreint, entreprendre contre quelqu'un, entreprendre contre sa vie, sur sa vie, chercher à le faire périr.

Et lorsque contre vous il m'a fait entreprendre, La nature en secret aurait dû m'en défendre (CORN. Héracl. IV, 4)

Elle lui pardonne son crime, le livrant à la honte d'avoir entrepris sur la vie d'une princesse si généreuse (BOSSUET Reine d'Anglet.)

Et puisque sur ma vie il vous plaît d'entreprendre (QUINAULT Mort de Cyrus, IV, 6)

On ne peut sur ses jours sans moi rien entreprendre (RAC. Bajaz. III, 8)

Dès qu'il entreprend sur la vie des autres, la sienne n'a plus un quart d'heure d'assuré (FÉN. Dial. des morts mod. Charles VII et le duc de Bourgogne)

Ennemi, sur tes jours j'étais prêt d'entreprendre ; Ami, je donnerais les miens pour te défendre (DUCIS Roméo, IV, 2)

Entreprendre sur la liberté de quelqu'un, essayer de lui ôter la liberté.

7. S'entreprendre, v. réfl. Être entrepris. Cette expédition s'entreprit sous de mauvais auspices.

S'attaquer réciproquement. Ces deux hommes s'entreprirent avec beaucoup d'aigreur.

8. Devenir malade. L'état du malade a empiré, la tête s'entreprend.

REMARQUE

Entreprendre une carrière, tenter l'exécution de quelque chose :Vous n'entrepreniez point une injuste carrière (RAC. Baj. II, 1) Racine le fils remarque que cette locution est peu ordinaire ; cela est vrai, et on peut ajouter qu'elle ne paraît pas très juste.

HISTORIQUE

XIIe s.Li cons [le comte] Rolant estoit mout entrepris à Roncevaul entre ses anemis (Ronc. p. 103)Liement [gaiement] ont entrepris Ce qui tant m'aura grevé Mi fol oeil volonteïs (Couci, XII)Car nessuns homs, puisqu'amors l'a saisi, Ne devroit ja si grief faix entreprendre (ib. XXIV)Bien [ils] feront le message, se chascuns l'entreprant (Sax. XXI)Puis lui dites coment Guiteclins de Sassogne envers nous entreprant (ib. XXI)Guiteclins de Sassogne a la guerre entreprise (ib. XXIII)Altrement en ert [sera] hum envers Deu entrepris [compromis] (Th. le mart. 27)

XIIIe s.Vieille, ce dist li rois, à honnir t'entreprist Qui ceste traïson t'enseigna et t'aprist (Berte, XCI)Or s'en va Blancheflors dolente et entreprise [troublée] (ib.)c. Si avint que li quens Gauthiers de St Pol et li quens Renaus de Boulogne, qui trop s'entrehaoient d'armes, s'entreprisent devant le roi (Chr. de R. p. 142)Lors s'entrepristrent par les meins Le pere et les freres germains (Ren. 22731)Renart se voit moult entrepris, De totes parz liez et pris (ib. 11117)Sans demorance et sans arrest à la karole [danse] me sui pris, Si n'en fui pas trop entrepris [embarrassé] (la Rose, 800)Tel fame ai prise, Que nus [nul] fors moi n'aime ne prise ; Et s'estoit povre et entreprise Quant je la pris (RUTEB. VI)Nulz n'en pooit faire la pez [paix], car ils s'estoient entrepris par les cheveux (JOINV. 214)

XIVe s.Seigneur, dit li Anglois, dam Pietres soit maudis ! Car par lui sui ainsi de mon bras entrepris [il avait le bras cassé] (Guesclin. 10236)

XVe s.Le doux maintien, le parfait sens, la grand noblesse, la grace et la fine beauté que j'ai trouvée en vous m'ont si surpris et entrepris, qu'il convient [il faut] que je sois de vous aimé (FROISS. I, I, 166)Une vieille toute desarroyée, le regard bas, la voix entreprise, et la levre pesant (ALAIN CHART. l'Esperance ou consol. des trois vertus.)Et fut entreprinse une journée et lieu où ledit connestable se devoit trouver pour povoir parler au roy en bonne seurté (COMM. III, 11)

XVIe s.J'entreprendrois voler jusqu'à la lune (MAROT III, 39)Tu as entreprins de me tuer (MONT. I, 129)Quelle heresie n'y [dans la philosophie] a trouvé de fondements assez pour entreprendre et se maintenir ? (MONT. II, 352)Or, entreprenant à former la vie de l'homme chrestien, je n'ignore pas que je n'entre en une matiere ample et diverse (CALV. Instit. 534)Il meist en teste à Agesilaus qu'il entreprist ce voyage de passer en Asie (AMYOT Agés. 7)Ceulx qui veulent entreprendre sur mon authorité, et estre plus grands que moy (AMYOT ib. 10)Ils l'entreprirent six lieues durant sur ce sujet, lui alleguant que.... (D'AUB. Vie, XLII)Puis le connestable entreprit Mariembourg et l'eut par composition (D'AUB. Hist. I, 21)J'espere les rencontrer [les ennemis], et, si l'occasion s'offre d'entreprendre sur eulx, ne la laisseray passer (HENRI IV Lettres missives, t. IV, p. 177)

ÉTYMOLOGIE

Entre, et prendre ; bourg. entreprarre ; provenç. entreprendre ; espag. interprender ; ital. intraprendere. L'ancienne langue disait souvent emprendre.