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définitions

envers (n.m.)

1.pour une chose qui a deux côtés, celui qui n'est pas destiné à être vu.

envers (prp.)

1.à l'égard de.

Le Littré (1880)

ENVERS (prép.)[an-vêr ; l's ne se lie pas : envers eux se prononce an-vêr eux ; cependant quelques-uns lient : an-vêr-z eux]

1. À l'égard de, pour. Compatissant envers les pauvres. Ingrat envers ses bienfaiteurs.

Il est bon d'être charitable ; Mais envers qui ? c'est là le point (LA FONT. Fabl. VI, 13)

L'humanité envers les peuples est le premier devoir des grands (MASS. Pet. carême, Hum. des grands.)

2. Auprès de.

Je perdrai mon crédit envers sa majesté (CORN. Polyeucte, v, 6)

Je vois qu'envers mon frère on tâche à me noircir (MOL. Tart. III, 7)

Cet emploi d'envers vieillit.

3. Envers et contre tous, loc. adv. qui terminait les formules des anciens serments de foi et hommage, et qui signifiait contre tout le monde.

Par extension.

Je serai défendu par elle [la cabale] envers et contre tous (MOL. Fest. v, 2)

Dispose de ma griffe et sois en assurance ; Envers et contre tous je te protégerai (LA FONT. Fabl. VIII, 22)

Envers et contre tous, je protége Dorante (PIRON Métrom. IV, 1)

HISTORIQUE

XIe s.E qui dreit jugement refuserad seit forfait envers celi ki dreit ço est à aveir (Lois de Guill. 41)Envers le rei s'est Guenes aprismet [approché] (Ch. de Rol. XXXV)

XIIe s.Envers Espaigne [il] a son cheval torné (Ronc. p. 69)Droites lor lances [ils] portent envers le ciel (ib. p. 133)Car je ne sui si forz ne si hardiz, Qu'envers amor [je] me peüsse contendre [avoir querelle] (Couci, v)Pleüst à Dieu qu'amor feïst ainsi Envers tous ceus qui en lui ont fiance ! (QUESNES Romancero, p. 98)Puis lui dites coment Guiteclins de Sassogne envers nous entreprent (Sax. XXI)Felenie n'ad en mei, ne crime envers tei (Rois, p. 95)

XIIIe s.[Je] Vous defens qu'envers moi n'aiez pensée amere (Berte, CXIII)

XVe s.Trop estoit noble femme envers lui et plus jeune assez (Lancelot du lac, t. I, f° 71, dans LACURNE)Et avient souvent, por ce qu'il est très jeune envers elle, elle devient jalouse (Les 15 joies de mariage, p. 118)Lasse ! or [je] me voy aujourd'hui si perie Que nul ne fait envers moy son devoir (E. DESCH. Complainte de la France.)

XVIe s.Tenant conclusions en tout sçavoir, publicquement envers et contre tous (RAB. Pant. II, 8)Il est soupçonneux à l'endroict de celuy qui l'ayme, et simple envers celuy qui le trompe (LA BOÉTIE 51)La rigueur dont il usa envers ces miserables luy donnant esperance d'estre assez bien envers ses ennemis (D'AUB. Hist. I, 95)

ÉTYMOLOGIE

En 1, et vers, prépos. (voy. ce mot) ; wallon, ivier', èvier' ; picard, à mn'envers, à mon égard ; provenç. enves ; ital. inverso. Le sens propre est du côté de, en allant vers.

ENVERS (s. m.)[an-vêr ; l's ne se lie pas]

1. Le côté opposé à l'endroit, le côté qui ne doit pas être exposé à la vue. L'envers de cette étoffe est presque aussi beau que l'endroit.

On a dit de la traduction qu'elle était comme l'envers de la tapisserie, cela suppose une industrie bien grossière et bien maladroite (MARMONTEL Élém. litt. Oeuv. t. x, p. 281, dans POUGENS)

Étoffe à deux envers, étoffe qui n'a ni envers ni endroit. Serges de Beauvais à poil et à deux envers, Règl. sur les manuf. août 1669, art. 2.

On dit plus souvent aujourd'hui qu'une étoffe n'a pas d'envers.

Fig.

Les plus adroits, lorsqu'ils sont consultés, gardent sur les endroits critiques un silence mystérieux, ou prononcent, comme les oracles, en se ménageant par l'ambiguïté de leurs réponses les deux envers d'une opinion qu'ils laissent flotter jusqu'à l'événement, afin de ne jamais se compromettre (MARMONTEL Élém. litt. Oeuvres, t. v, p. 148)

Gens à deux envers, gens doubles et trompeurs.

Ses membres, jongleurs adroits et gens à deux envers, mènent le peuple par l'hypocrisie et les grands par l'irréligion (J. J. ROUSS. Lett. à M. Deluc, Corresp. t. VI, p. 44, dans POUGENS.)

2. L'envers d'une feuille d'arbre, le côté qui regarde le sol.

Faire voir la feuille à l'envers, voy.

FEUILLE

.

3. Fig. Le contraire.

Vous serez toujours.... Un envers du bon sens, un jugement à gauche (MOL. l'Ét. II, 14)

Voilà l'envers tout juste de ce que nous pensons (SÉV. 505)

4. A l'envers, loc. adv. qui se dit lorsque l'envers se met ou se prend par erreur pour l'endroit. Mettre son manteau, sa chemise à l'envers.

Le docteur, l'ayant regardé depuis la tête jusqu'aux pieds, lui dit pour toute raison : Prenez garde, monsieur de la Fontaine, vous avez mis un de vos bas à l'envers ; et cela était vrai, en effet (D'OLIVET Hist. de l'Acad. t. II, p. 338, dans POUGENS)

Ce qui était dessus, le fripier le met à l'envers (MONTESQ. Lett. pers. 138)

Relais à l'envers, voy.

RELAIS

.

5. Fig. Dans un état de désordre et de ruine. Ses affaires sont à l'envers.

En vain contre le roi vous opposez vos armes ; Sa majesté brillante avec de si doux charmes Peut mettre en un moment vos desseins à l'envers (CORN. Inscript. sous des estampes, II, La déroute du pont de Cé.)

Pour te peindre ce grand revers Qui trompa notre espoir frivole Et mit nos projets à l'envers (CHAUL. Ép. à Dangeau.)

Avoir la tête, la raison à l'envers, être tout à fait étranger au bon sens, à la raison.

Il faudrait que l'esprit supérieur qui nous tromperait nous eût donné une raison à l'envers (FÉN. Exist. 229)

Déjà les coeurs s'envolent à Nevers ; Voilà d'abord vingt têtes à l'envers (GRESSET Vert-Vert, II)

HISTORIQUE

XIe s.L'un gist sur l'autre et envers et adenz [sur le dos et sur les dents] (Ch. de Rol.)

XIIIe s..... Que nus ne puisse fere cote ne gambaison de tele [toile] dont l'envers et l'endroit ne soit de tele noeve, et dedenz de coton et de plois de toiles (Liv. des mét. 370)Si ont chanté salmes et vers Moult hautement à deus envers, Les antiennes moult noblement (Ren. 21346)

XIVe s.Son jacque [jaquette] qui estoit de clochettes garnis, [il lui] Fist tantost despoillier, et puis fu revestis à l'envers, à la fin qu'il ne fust pas choisis [reconnu] (Guesclin. 19360)

XVe s.Et en disant ceste parole, il cheut à l'envers [Charles VIII] (COMM. VIII, 16)

XVIe s.Bref on y fait tant de comptes divers, Que verité souvent est à l'envers (J. MAROT V, 143)Voicy celluy qui par ses heurtz divers, A mis l'orgueil de Venise à l'envers (J. MAROT v, 170)J'ay quelque opinion de l'envers de cette sentence (MONT. IV, 4)Des tableaux où il estoit flatté à l'envers (D'AUB. Hist. II, 196)Andromachus luy tendant l'endroit de la main, et puis tout à coup luy monstrant l'envers, luy dit : (AMYOT Timol. 15)

ÉTYMOLOGIE

Lat. inversus, retourné, de in, et versus, tourné (voy. VERSION).