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définitions

épancher (v. trans.)

1.confier librement ses sentiments, ses pensées.

Le Littré (1880)

ÉPANCHER (v. a.)[é-pan-ché]

1. Dans le style élevé, verser. Épancher du vin.

Ma main de cette coupe épanche les prémices (RAC. Brit. v, 5)

Par extension.

Tantôt un bois profond, sauvage, ténébreux Épanche une ombre immense, et tantôt, moins nombreux, Un plant d'arbres choisis forme un riant bocage (DELILLE Jardins, II)

Par une autre extension et fig. Mettre en dehors.

Un vain désir de paraître, qui nous épanche au dehors et nous rend ennemis de toute retraite (BOSSUET Vêture, Bouillon.)

Lui seul, disaient-ils, savait dire et taire ce qu'il fallait, seul il savait épancher et retenir son discours (BOSSUET le Tellier.)

2. Fig. Verser comme un liquide qu'on répand, produire libéralement.

Les fruits que la terre épanchait de son sein (FÉN. Tél. II)

Il épancha ses dons sur le globe fertile (ST-LAMB. Saisons, I)

Un grand coeur veut dans l'ombre épancher ses bienfaits (GILB. Stances à M. d'Arnaud.)

Alors [sous les païens] la religion n'était que soufferte, alors les prêtres ne demandaient pour elle aux maîtres du monde que de la laisser épancher dans le sein de l'homme ses bienfaits inestimables (MIRABEAU Collection, t. IV, p. 333)

3. Verser, communiquer des choses intimes.

Souffrez qu'en votre sein j'épanche mon secret (LAMOTTE Inès de Castro, II, 1)

Épancher son coeur, exposer avec sincérité sa pensée, ses sentiments.

Elle épancha son âme devant Dieu (FLÉCH. Aiguillon.)

Il épanche son coeur dans celui de son ami (J. J. ROUSS. Ém. v.)

4. S'épancher, v. réfl. Être épanché.

Lorsqu'il est plein, ses eaux s'épanchent en cascades ; mais, dans les temps de sécheresse, ces épanchoirs n'en versent plus, et alors c'est du fond du réservoir qu'on les tire (MARMONTEL Mém. VII)

L'onde rafraîchit l'air ; l'air s'épanche en rosée (DELILLE Hom. des champs, I)

Plus loin, sur la rive où s'épanche Un fleuve épris de ces coteaux.... (LAMART. Méd. II, 1)

Fig.

Le sommeil sur ses yeux commence à s'épancher (BOILEAU Sat. VIII)

Mon coeur vous fut ouvert tant qu'a vécu mon père ; C'était le seul présent que je pouvais vous faire : Et lorsque avec mon coeur ma main peut s'épancher, Vous fuyez mes bienfaits tout prêts à vous chercher (RAC. Bérén. III, 1)

5. Il se dit, principalement en médecine, du sang, d'une humeur qui s'extravase. Le sang s'est épanché dans la poitrine.

6. Verser librement les sentiments de son coeur.

Il s'épanchait en fils qui vient, en liberté, Dans le sein de sa mère oublier sa fierté (RAC. Brit. v, 3)

Mon coeur pour s'épancher n'a que vous et les dieux (RAC. Phèd. v, 1)

Au lieu de vouloir vous cacher mes ennuis, je cherche à m'épancher et trouve une douceur secrète à vous découvrir mon âme (LESAGE Diabl. boit. 13)

Quand l'étourdi venait s'épancher à lui (J. J. ROUSS. Ém. IV)

Je m'épanche avec vous, je ne dois rien vous taire (LA CHAUSSÉE Préj. à la mode, v, 5)

HISTORIQUE

XVIe s.Je ne m'espancheray pas d'avantage à poursuivre ces allusions et etymologies (DES ACCORDS Bigarr. f° 92, dans LACURNE)

ÉTYMOLOGIE

Bourguign. épainché. Autre forme de épandre, comme pencher est une autre forme de pendre. Ces formes supposent un développement du mot latin par un suffixe, expandere en expandicare, et pendere en pendicare.