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Le Littré (1880)

ESCRIMER (v. n.)[è-skri-mé]

1. S'exercer à faire des armes.

Faire le coup d'épée.

Avoir escrimé dans quelques combats particuliers n'est point du tout une preuve sûre qu'on a véritablement de la valeur (ST-FOIX Ess. Paris, Oeuvres, t. III, p. 220, dans POUGENS)

2. Par extension et familièrement. Agiter, mouvoir comme on fait avec un fleuret.

Puis escrima de l'encensoir (SCARRON Virg. v.)

3. Faire tous ses efforts.

Mais si bien il escrimera Que de tout à bout il viendra (SCARRON Virg. 1)

4. Familièrement. Disputer contre quelqu'un sur une matière d'érudition, de science, etc. Il y a plaisir à voir deux savants escrimer l'un contre l'autre.

5. S'escrimer, v. réfl. Terme familier. Se battre. Il s'escrimait de sa canne et parait les coups de balai.

L'un s'escrimait du bec, l'autre jouait des pattes (LA FONT. Fabl. XII, 2)

Fig. S'escrimer des pieds et des mains, faire les plus grands efforts.

Car chacun s'escrimait et des pieds et des mains (RÉGNIER Sat. X.)

Se disputer.

Laissons-les donc entre eux s'escrimer en repos (BOILEAU Art p. III)

6. S'exercer, s'appliquer à.

S'il s'est heureusement escrimé du pinceau (SCARRON Jodelet ou Le maître valet, I, 1)

Tel que vous me voyez, je m'en escrime [de poésie] un peu (MOL. Préc. 10)

Populairement. S'escrimer des mâchoires ou de la mâchoire, s'escrimer des dents, bien manger.

HISTORIQUE

XIIe s.Et escremissent cil bacheler legier, Lancent et gitent por lor cor essaier (Ronc. p. 6)

XVe s.....Il, qui estoit tout nu et depourvu, et ne portoit fors un coutel, espoir [à peu près] de deux pieds de long, trait le coutel et commence à estremir (FROISS. III, IV, 28)

XVIe s.Nous ne serons jamais bons amis que nous n'ayons un peu escrimé ensemble (LANOUE 564)Le regiment de M. d'Yvoy s'escrima encor mieux [au pillage] que les deux autres (LANOUE 575)Je luy appris à tourner les talons en dedans, à escrimer des deux bras [les balancer], à s'amonceler le ventre (D'AUB. Conf. II, 1)

ÉTYMOLOGIE

Provenç. escrimir, escremir ; catal. esgrimar ; espagn. et portug. esgrimir ; ital. schermire ; du germanique : anc. haut allem. skirm, skerm, bouclier, défense. Comp. ESCARMOUCHE.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ESCRIMER. Ajoutez :

7. S'escrimer d'un mot, en user à tort et à travers.

Or pour maintenant ne se dit point ; ce mot est la cheville ordinaire des vieux poëtes français ; surtout du Bellay s'en est fort escrimé (MALH. Lexique, éd. L. Lalanne.)