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définitions

établir (v.)

1.fonder durablement; instaurer.

2.servir de preuve, indiquer, marquer, révéler, témoigner de.

établir (v. trans.)

1.installer dans un lieu; fixer dans une position déterminée.

2.mettre en application.

3.(figuré)démontrer, prouver.

Le Littré (1880)

ÉTABLIR (v. a.)[é-ta-blir]

1. Asseoir et fixer une chose en quelque endroit, l'y rendre stable. Établir les fondements d'un édifice.

Fig. Établir sa réputation, sa renommée.

Ô malheureuse fille, Sur qui j'établissais l'espoir de ma famille (ROTROU Antig. IV, 2)

Quelque temps devant la dernière désolation de Jérusalem, Solon, l'un des sept sages, donnait des lois aux Athéniens, et établissait la liberté sur la justice (BOSSUET Hist. I, 7)

Achevons son repos pour établir le mien (RAC. Alex. III, 7)

Hélas ! nous espérions.... Que sur toute tribu, sur toute nation, L'un d'eux établirait sa domination (RAC. Athal. I, 1)

Non, vous avez trop bien établi ma disgrâce (RAC. Brit. III, 5)

Bien établir sa fortune, son crédit, les rendre assez solides pour qu'il ne soit pas facile d'y porter atteinte.

Absolument. La violence abat, la douceur établit.

2. Installer, placer, mettre. On établit des boutiques sur le champ de foire. Établir un camp. Établir une machine, la construire et la mettre en état de fonctionner.

Fonder. Établir une imprimerie, une fabrique.

Pratiquer, disposer. Établir des étapes sur une route, une croisière devant un port, une correspondance entre deux villes, une communication entre deux points.

3. Mettre à demeure en un certain lieu. Les Phocéens établirent dans la Gaule une colonie qu'ils nommèrent Marseille.

Psammétique, qui devait son salut aux Ioniens et aux Cariens, les établit dans l'Égypte, fermée jusqu'alors aux étrangers (BOSSUET Hist. I, 7)

Mettre en un logement.

Dans un an j'ouvrirai la porte condamnée, et je l'établirai dans son nouvel appartement (GENLIS Ad. et Théod. t. III, p. 202, dans POUGENS)

Il se dit semblablement des choses. Établir sa demeure en un certain endroit. Constantin établit le siége de l'empire à Constantinople.

4. En termes de guerre, poster d'une façon stable. Il établit son aile droite sur un bon terrain.

5. Instituer, pourvoir d'une fonction. Il établit des juges d'une probité reconnue. Établir un magistrat dans une charge.

Être établi juge de certaines affaires, en être constitué juge.

S'établir une espèce de juridiction, d'empire, etc. se faire une espèce de juridiction, d'empire.

On le dit de même des choses. Établir un gouvernement, une administration, un péage.

La loi qui établit cette nouvelle magistrature fut appelée la loi sacrée, et ce fut là que commencèrent les tribuns du peuple (BOSSUET Hist. I, 8)

Les rois furent bannis [de Rome], et l'empire consulaire fut établi suivant les projets de Servius Tullius (BOSSUET ib.)

Servius Tullius, successeur de Tarquin, établit le cens ou le dénombrement des citoyens distribués en certaines classes, par où cette grande ville [Rome] se trouva réglée comme une famille particulière (BOSSUET I, 7)

6. Mettre dans un état, dans un emploi avantageux, dans une condition fixe. Il a bien établi tous ses enfants.

Je n'en parle pas dans mon intérêt ; car, Dieu merci, j'ai déjà établi mes petites affaires (MOL. l'Amour médecin, III, 1)

Il est vrai qu'il a établi sa famille (SÉV. 116)

Établir un jeune homme, lui procurer un établissement, une profession, un métier.

Établir une fille, la marier.

7. Mettre en crédit, en faveur. Ses alliances l'établirent à la cour. Ce livre l'a bien établi dans l'opinion publique.

8. Il se dit en parlant des doctrines, des lois, des devoirs, etc. Établir la foi chez les infidèles. Établir l'ordre.

Rome, toujours ennemie du christianisme, fit un dernier effort pour l'éteindre et acheva de l'établir (BOSSUET Hist. I, 10)

Nous lui avons vu dire, du commun consentement de tout le parti, que la supériorité du pape était un grand bien pour l'Église, qu'il la faudrait établir si elle n'était pas établie (BOSSUET Var. XIII, § 6)

On a établi que, c'est-à-dire c'est une coutume reçue que....

On a sagement établi que ceux qui ont un commandement un peu étendu ne soient attachés à aucun corps de milice (MONTESQ. Esp. v, 16)

9. Démontrer. Établir une vérité, une proposition de géométrie. Établir des principes, les poser. Établir un fait, l'exposer avec ses preuves.

La raison sur laquelle il établit sa pensée (PASC. Prov. 4)

Ils [les incrédules] n'ont rien ; ils n'entendent rien ; ils n'ont pas même de quoi établir le néant auquel ils espèrent après cette vie ; et ce misérable partage ne leur est pas assuré (BOSSUET Anne de Gonz.)

Moi-même du forfait j'établirai la preuve (M. J. CHÉN. Tib. III, 3)

Établir l'état de la question, la question, bien faire comprendre de quoi il s'agit.

Établir un compte, la balance d'un compte, faire un état de ce qui est dû.

10. Terme de construction. Établir les bois, faire une marque sur les bois, à l'endroit où doit se donner le trait de scie, afin de guider l'ouvrier qui doit les débiter. On dit de même établir les pierres.

Établir une armoire, une bibliothèque, la faire.

En imprimerie, établir tant de feuilles sur un ouvrage.

11. Terme de marine. Établir une voile, la déployer, l'orienter.

Établir un navire, en disposer convenablement toutes les parties pour la marche ou pour la station.

12. S'établir, v. réfl. Fixer sa demeure en un lieu. Ils se sont établis en province.

Une partie de ces peuples que Josué chassa de leur terre s'établirent en Afrique (BOSSUET Hist. II, 3)

De quel droit les Français, portant partout leurs pas, Se sont-ils établis dans nos riches climats ? (VOLT. Tancr. I, 1)

Fig.

Établissez-vous dans la charité ; c'est le seul moyen de trouver la vérité (MASS. Myst. Incarnat.)

13. Prendre place à demeure pour un temps plus ou moins long. Il s'est établi dans mon cabinet. Il s'établit sans façon au coin du feu.

Le roi vint s'établir auprès d'elle et lui prodigua les plus tendres soins (CENLIS Mme de Maintenon, t. II, p. 225, dans POUGENS)

Deux officiers s'étaient établis dans un des bâtiments du Kremlin ; de là leur vue pouvait embrasser le nord et l'ouest de la ville : vers minuit une clarté extraordinaire les réveilla (SÉGUR Hist. de Napol. VIII, 6)

14. S'affermir.

Et, sous un faux espoir de nous mieux établir, Ce renfort accepté pourrait nous affaiblir (CORN. Sert. I, 2)

Pendant qu'Asaraddon et les Assyriens s'établissaient si puissamment dans la grande Asie, les Mèdes commençaient aussi à se rendre considérables (BOSSUET Hist. I, 7)

Prendre position. L'ennemi s'établit solidement sur la rive gauche du fleuve.

Le soir, ils [les Russes] s'établissaient de bonne heure dans une bonne position, ne laissant sous les armes que les troupes absolument nécessaires pour la défendre, tandis que le reste se reposait et dormait (SÉGUR Hist. de Napol. VII, 2)

15. Gagner faveur, confiance.

C'est sa destinée de se perdre dans votre esprit, en croyant toujours s'y établir (GENLIS Théât. d'éduc. Méchant par air, IV, 1)

16. Se faire un état, une position. N'avoir pas de quoi s'établir convenablement dans le monde.

Pour s'établir dans le monde, on fait tout ce qu'on peut pour y paraître établi (LA ROCHEF. Max. 56)

Se marier. Vous êtes trop jeune pour vous établir.

Je cherche à me venger, vous, à vous établir (CORN. Sert. V, 1)

17. S'instituer, se considérer comme. S'établir juge des actes d'autrui.

18. Être établi. Cette idée s'est établie sur toute la terre. Expression qui aura peine à s'établir.

Puisque toutes ces choses s'établissent par la volonté des hommes et qu'elles sont le sujet ordinaire sur lequel ils exercent leur liberté (BOSSUET Libre arb. 3)

Un compte s'établit entre les deux colonies (RAYNAL Hist. phil. XIV, 30)

Impersonnellement.

Il s'établissait peu à peu parmi eux l'opinion que... Il s'établit dès ce jour entre eux la liaison la plus intime et en apparence la plus philosophique (MARMONTEL Cont, moraux, Scrup.)

19. Terme de mer. S'établir, s'affourcher pour séjourner sur une rade.

HISTORIQUE

XIe s.Naimes li dux puis establist la quarte [la quatrième troupe] (Ch. de Rol. CCXVII)

XIIe s.À bataille establie (Ronc. p. 28)Tele leis volt li reis en sun regne establir (Th. le mart. 57)

XIIIe s.Puis en fut la pais si et faite et establie (Berte, 11)À cest conseil [ils] se tiennent, ainsi fu establis (ib. LXXV)[Une chapelle] Que hermite jadis y orent establie (ib. CIX)Sunt en terre establi li juge Por estre deffense et refuge à cel cui li monde forfet (la Rose, 5483)Les cozes qui sont establies à Diu servir, si ne doivent en nule maniere estre mises hors de mains à cix [ceux] qui sont establi à fere le service nostre Segneur (BEAUMANOIR XII, 47)Chi [ici] commence li quars capitres qui parole des procureurs et des establis pour autrui (BEAUMANOIR XII, 75)Le roy et le conte d'Anjou, qui puis fu roy de Cecile, furent establiz à garder l'ost par devers Babiloine (JOINV. 222)

XIVe s.Le juge est comme droit animé et vivant et establi pour fais selon les lois et non pas selon son opinion (ORESME Eth. 162)

XVIe s.Avoir un but estably (MONT. I, 32)

ÉTYMOLOGIE

Provenç. establir, stablir ; espagn. establecer ; ital. stabilire ; du latin fictif stabilescere, de stabilire, de stabilis, stable (voy. ce mot).